FRUSTRATION ET VIOLENCE

Une bonne gestion du sentiment de frustration est indispensable pour acquérir au-delà de la patience et de la maturité, le self-control qui évite le recours à la violence. Car la violence est une explosion de rage (à ne pas confondre avec la colère), c'est-à-dire de la frustration non-acceptée. Une personne violente est quelqu'un qui n'a pas intégré ou admis le fait qu'il n'est pas tout-puissant sur les événements extérieurs.

Tout comme on confond souvent "gérer" et "contrôler" les émotions, "crier" et "être en colère", on confond souvent également la rage et la colère qui sont pourtant, à mon avis, deux émotions opposées.

Dans les ouvrages que j'ai lus sur les émotions et leur gestion, je n'ai pas trouvé d'auteur qui fasse cette distinction entre "rage" et "colère". Au contraire, la frustration est souvent assimilée  une des formes de la colère alors qu'elle en est l'opposé. Mon expérience m'a persuadée que la nuance est d'importance et que savoir différencier ces deux émotions est une aide précieuse pour sortir des comportements violents ou compulsifs. A chaque fois que j'ai proposé à mes clients d'établir cette distinction entre rage et colère, ils ont adhéré à ma théorie, repéré immédiatement les différences dans leur vécu et ont presque toujours conclu: " en fait, j'ai plus souvent été en rage qu'en colère dans ma vie!"

La colère sert à chasser les intrus, à poser ses limites et à se faire respecter. C'est une émotion ressentie avec un sentiment de 'puissance intérieure". Elle sert à dégager notre territoire, mais elle n'est pas faite pour envahir celui des autres. C'est un volcan i intérieur qui s'éveille, qui gronde et dont l'éruption va nettoyer mon espace vital. Quand mes limites sont posées, quand mon territoire est à nouveau respecté, ma colère s'apaise. Inversement, la rage découle directement de la frustration, émotion elle-même ressentie par le fait d'être confronté aux limites extérieures. Elle s'accompagne d'un sentiment intense d'impuissance.

Cette fois, on est de l'autre coté de la "clôture", face à des territoires étrangers et on aimerait bien passer quand même. La gestion de la frustration consiste à admettre l'existence de cette barrière et éventuellement à reconnaître sa légitimité. La rage pourrait être assimilée au fait de secouer rudement la clôture en poussant des jurons et la violence à l'acte de défoncer la palissade pour passer quand même et envahir des propriétés privées. La violence est donc l'expression extrême de l'impuissance quand la colère, à l'inverse, est le réveil de notre puissance personnelle.

C'est dans la rage et la frustration qu'on met l'autre en accusation. Une colère bien exprimée comporte des phrases du genre: "Je ne vous permets pas de...", "je vous interdis de ....", "comment osez vous...", " à partir de maintenent, il est hors de question que..." c'est-à-dire: "Ouste tout le monde dehors!" et ces phrases sont suffisamment percutantes pour n'avoir pas besoin d'être hurlées. Leur impact est déjà puissant, même quand on agit dès les premiers frémissements d'agacement, car le ton, encore calme, est déjà ferme et déterminé.

Mais rares sont les parents à avoir une attitude appropriée face aux crises de rage de leurs enfants. Il y a les parents qui battent en retraire et évitent de frustrer leur enfant pour ne pas avoir à affronter de nouvelles crises de rage. Il y a, à l'inverse, les parents qui exercent une répression brutale des manifestatiions de frustration. La solution intermédiaire est de verbaliser calmement la situation et de rester ferme. "Je comprends que tu ne sois pas content, mais c'est comme ça." Puis de laisser un temps de bouderie à l'enfant pour qu'il assimile l'incident. En général, le trajet entre la caisse du supermarché (par exemple) où Maman a dit non et le domicile familial lui suffit pour retrouver sa bonne humeur.

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Dernière mise à jour de cette page le 18/06/2009